Antoinette Butte : rédactrice du manuel et de la loi de l’éclaireuse, fondatrice de la communauté de Pomeyrol

Antoinette Butte en uniforme de la FFE

Antoinette Butte est née le 12 juillet 1898 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle) et est décédée le 30 avril 1986 à l’âge de 87 ans dans la communauté de Pomeyrol (Bouches du Rhône). Très connue pour avoir fondé cette communauté œcuménique de prière et pour s’être entièrement consacrée à une vie de diaconesse protestante inspirée du mouvement des Veilleurs1, Antoinette Butte est aussi une fondatrice du scoutisme féminin. Elle ne fait pas partie des cinq fondatrices dites de « la main »2, pourtant elle a largement contribué bien avant 1921 à l’émergence d’un scoutisme féminin en rédigeant par exemple le premier manuel de l’éclaireuse ainsi que la loi des éclaireuses.

La vie d’Antoinette semble dès ses début promise à un avenir dans le scoutisme, alors même que le mouvement au niveau mondial est à ses débuts. Elle naît dans une famille mixte, d’une mère alsacienne luthérienne et d’un père catholique lorrain, elle fréquente différents groupes protestants tels que des foyers de jeunes filles ou bien l’Armée du Salut, mais restera toujours très attachée à une forme profonde d’œcuménisme. Elle écrivait à ce propos en 1980 : « Ainsi, à l’heure actuelle encore, les anciennes Éclaireuses se reconnaissent-elles entre elles, dans le mouvement œcuménique, parce qu’elles ne « font pas de l’œcuménisme » comme tant d’autres, mais qu’elles SONT œcuméniques, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Ceci par formation de jeunesse et sans confusion ni complexes. »3. C’est aussi dans sa structure familiale que l’on retrouve chez Antoinette un terrain propice au scoutisme, Henri Butte son père, est officier de cavalerie et membre fondateur de l’école des Roches et de l’école des Chênes-verts, des écoles qui s’inscrivent dans des réseaux d’éducation nouvelle et de pédagogies expérimentales caractéristiques de cette fin de XIXe siècle et en inspiration directe de ce qui se pratiquait alors en Angleterre : exemple la création du scoutisme par un autre officier, Lord Baden Powell. Mais Henri Butte n’aura pas le temps de s’intéresser au scoutisme, il meurt dès le début de la première guerre mondiale, laissant sa femme Marie et ses trois filles seules déménager à Paris. Avant cet épisode dramatique de sa vie et à propos de son enfance passée à Lunéville et de ses vacances en Suisse avec ses cousines, Antoinette Butte aimait à rappeler que c’est là qu’elle pratiquait le scoutisme avant l’heure. Elle se souvient dans ces années 1910-1913 avoir formé une « bande » organisée, avec ses codes et ses règles et surtout ses aventures : « Nous avions notre sigle mystérieux, les S.M.A.E.H.K.B.A, notre loi secrète, notre langage muet en présence des adultes (celui des sourds-muets, copié sur le Larousse) et chacune un surnom. Une hiérarchie aussi : le chef était l’aînée (responsable donc des sottises) j’étais le stratège, fertile en inventions d’aventures, les deux autres le gros de la troupe, un peu traînasseuses, et la petite dernière l’enfant de troupe. »4. Pour Antoinette le scoutisme n’aurait rien inventé, elle voit en Baden Powell un catalyseur qui aurait su capter l’esprit de bande, très présent dans les groupes d’enfants, et le transformer en une pédagogie nouvelle et attractive. Mais l’engagement d’Antoinette dans la création du scoutisme féminin serait resté vain si elle n’avait pas déménagé à Paris où elle rencontre alors des femmes très engagés dans la transformation de cette « esprit de bande » en un mouvement d’éducation populaire.

La famille Butte s’installe donc à Paris en 1915, Antoinette et ses sœurs s’inscrivent alors au lycée Victor Duruy. Elle se retrouve rapidement au cœur d’un microcosme parisien protestant dans lequel un scoutisme féminin organisé est en train de naître. Au cours d’une visite au foyer de jeunes filles de la rue de Naples, Antoinette rencontre un premier groupe informel créé par Mlle Fuchs et qui s’apparente à une compagnie d’éclaireuses5. Les jeunes filles portent des uniformes, font la promesse de « servir » les autres et sont au nombre de 42 membres6. Le groupe hésite cependant à prendre le nom d’« éclaireuses » en raison d’une pièce de théâtre éponyme qui connu un certain succès en 1913 et qui associait ce terme aux militantes féministes du tournant du XIXe-XXe siècles7. Un autre groupe scout féminin se forme également au même moment à la paroisse Sainte-Marie de la Villette, sous l’égide de Georgette Siegrist. C’est dans ce contexte qu’Antoinette Butte s’engage dans la création du scoutisme féminin bien avant la déclaration des statuts de la FFE. Elle fait la rencontre d’une évangéliste8, Mlle Camille Savary, ancienne institutrice de profession désormais en charge des études bibliques à l’UCJF et responsable du foyer de la « Mission Populaire », rue Marcadet à Montmartre. Envoyée pour prêter main forte en tant que monitrice, Antoinette est très vite missionnée pour adapter le scoutisme masculin naissant et en proposer une version structurée aux jeunes filles du foyer. Violette Mouchon, alors responsable des UCJF se montre enthousiaste et lui prodigue des lectures théoriques tel que Éclaireurs de Baden Powell, qu’elle délaisse au profit de l’ouvrage Le système des patrouilles de Roland Philips qui l’inspirera profondément. Antoinette et son entourage reçoivent aussi le soutient des Éclaireurs Unionistes par l’entremise de Jean Beigbeder et finisse par installer un secrétariat des Éclaireuses au foyer UCJF situé 9 rue Daunou sous la responsabilité de Georgette Siegrist. Bien que non considérée comme une membre de la main, c’est à dire des cinq fondatrices de la FFE qui constituèrent à partir de 1921 la première équipe nationale du mouvement féminin, Antoinette Butte est une fondatrice à part entière. Alors qu’elle prépare son baccalauréat et envisage d’entrer à la faculté de droit, elle rédige sous les bombardements de la première guerre mondiale9 la loi de l’éclaireuse et le premier manuel de scoutisme féminin en France. C’est aussi avec Violette Mouchon, avec qui elle partage des cours de couture10, qu’elle élabore un chapeau à confectionner soi même pour équiper les nouvelles éclaireuses. C’est également à Antoinette que l’on doit le vocabulaire de la FFE qui se distingue de celui utilisé alors dans le mouvement masculin : les patrouilles sont appelées des clans, les troupes des sections, la cape et la cravate entre dans l’uniforme féminin ainsi que le trèfle comme symbole de ce nouveau mouvement. Alors que des YMCA américains sont en visite à Paris, Antoinette est même désignée comme responsable des Éclaireuses en France. Il se trouve qu’elle est avant tout une jeune lycéenne très engagée à la fois dans ses études mais surtout dans ces mouvements et ces œuvres avec qui elle partage une vision sociale très aboutie pour son âge : « Cette section devait dans notre esprit former et fournir des cheftaines pour les quartiers populaires et faire sortir les bourgeoises de leur milieu. »11. Mais l’implantation dans le quartier populaire de Montmartre ne se fait pas aussi facilement, Antoinette se souvient avoir reçu quelques quolibets et parfois même des pierres de la part des enfants du quartier voyant déambuler ces drôles de filles, tandis que dans les milieux bourgeois parisiens les mères de famille changent parfois de trottoir à leur approche12. Pour conclure sur ce moment historique de la vie d’Antoinette Butte, il faut peut être nuancer et replacer dans son contexte sa participation à l’émergence du scoutisme féminin. Si il est indéniable qu’elle a participé activement à la création des bases théoriques du mouvement et à l’organisation d’un des premiers groupes reconnu (celui de la rue Mission Populaire Évangélique), cela s’inscrit dans un contexte particulier. Alors que le pays est en guerre, les groupes de scoutisme féminin se structurent peut être mieux que les groupes masculins dont les chefs sont au front, mais cela se passe dans une relative autonomie et une diversification des pratiques. D’après la chercheuse Takako Tobita, ce n’est qu’avec la fondation de la FFE en 1921 lors du Congrès d’Épinal, que les pratiques s’uniformisent et que les groupes se réunissent enfin dans un mouvement pluraliste et multiconfessionnel13.

Avec la naissance de la FFE en 1921, Antoinette Butte continue alors de s’engager pleinement dans le scoutisme. Totémisée « Grand Lama » à la fin de la guerre, passée par un stage de formation en Angleterre dont elle garde un souvenir mitigé, elle finit par revenir en 1920 à Lunéville avec sa mère et ses sœurs. Elle a alors 22 ans et elle laisse aux « fondatrices » la charge et l’organisation du scoutisme parisien. C’est peut être pour cette raison qu’elle n’apparaîtra pas parmi les cinq de « la main », la première équipe nationale de la FFE. Elle organise néanmoins avec Sibette Weber (« Loup Brun »)14 le scoutisme féminin dans la région Est et l’organisation d’un congrès national scout. Elle fréquente aussi l’Armée du Salut et poursuit ses études de droit, elle devient avocate stagiaire au barreau de Nancy mais cette expérience professionnelle ne l’enchante guère. Dans ses souvenirs, Antoinette s’épanouit alors pleinement dans une vie simple faite de nuits sous la tente à dormir à même le sol15, de chants et de cantiques, ainsi que de méditations et de prières partagées avec les éclaireuses. Depuis la fin de la guerre, sa vie est également « centrée ». Elle raconte en effet comment en septembre 1918 à Nemours, au cours d’une prière avec Camille Savary et Violette Mouchon elle est atteinte par la présence de Dieu16. Mais surtout, c’est à partir des années 1920 qu’Antoinette trouve dans la méditation et la prière des ressources pour surmonter la maladie et la fatigue qui viennent parfois la terrasser alors qu’elle met toute son énergie à organiser et faire vivre le scoutisme féminin. Revenue à Paris en 1924, c’est à travers l’Armée du Salut qu’elle commence à pratiquer régulièrement des retraites spirituelles dans une maison à Fontenay-aux-Roses, trois jours par mois. Elle fait également la rencontre du pasteur Wilfred Monod, fondateur du mouvement des Veilleurs17, qui lui propose de créer son propre lieu de retraite spirituelle. C’est ainsi que commence pour Antoinette son engagement dans une petite communauté faite de prière et de pauvreté à Saint-Germain-en-Laye où elle est rejointe par d’autres cheftaines de la FFE : Jeanne Tendil, Marguerite Simonin (« Pain Bis »), « Macri » Léo et Marie-Christine18. En 1937, l’Association des Pasteurs de France demande à cette association de Saint-Germain d’ouvrir un nouveau lieu de prière près de Tarascon, un lieu qui donnera naissance à la communauté de Pomeyrol dans laquelle Antoinette passera ensuite le reste de sa vie. Mais les difficultés de la deuxième guerre mondiale ne permettent pas tout de suite cette mutation, les anciennes camarades d’Antoinette s’engagent auprès des réfugiés ou dans des services de guerre. De son côté Antoinette est présente en 1941 lorsque les fameuses thèses de Pomeyrol sont rédigées et qui marquent une prise de position de l’Église Réformée contre le nazisme et la collaboration19, son lieu de retraite spirituelle est par la suite tour à tour occupée et détruit avant d’être récupéré en 1946 par la communauté dans un état critique. Rejointe par de nouvelles sœurs, Antoinette remet la communauté de Pomeyrol sur pieds, en 1983 elle étaient ainsi 17 sœurs consacrées à la prière, les retraites et l’accueil de groupes ou d’individus. De nombreuses éclaireuses retrouvèrent ainsi dans ce lieu une « atmosphère de gentillesse et de sestralité très scoute »20. C’est ainsi qu’Antoinette Butte resta jusqu’à ses derniers jours en lien avec le mouvement de la Fédération Française des Éclaireuses qui l’avait vu participer à sa construction et se construire elle même pour s’engager pleinement dans la religion et la vie en communauté.

1Le mouvement des Veilleurs (ou « Tiers ordre des Veilleurs » dans son appellation originelle) est un groupe de prière fondé en 1923 par le pasteur Wilfred Monod qui s’organise en communauté tout en se distinguant d’une forme de monachisme. Ce mouvement protestant accorde une place prépondérante à la prière et la méditation.

2Les cinq fondatrices de la FFE, souvent désignées comme les « cinq de la main » sont : Marguerite Walther (1882-1942), Georgette Siegrist (1887-1981), Renée Sainte-Claire Deville(1889-1968), Violette Mouchon (1893-1985), et Madeleine Beley(1900-1994).

3Témoignage d’Antoinette Butte, avril 1980, accès en ligne : https://eeudf.org/archives/

4Témoignage d’Antoinette Butte, avril 1980, accès en ligne : https://eeudf.org/archives/

5Le groupe d’« éclaireuses » de l’UCJF Paris-Naples serait le plus ancien groupe à avoir pratiqué un scoutisme féminin, dont la première sortie remonterait au mois de juin 1912. Voir à ce propos la travail de recherche de Takako TOBITA, La Fédération Française des Éclaireuses (FFE) : une histoire de jeunes filles et de femmes dans un mouvement scout féminin en France (1911-1970), thèse dirigée par Laura Lee DOWNS, EHESS, 2018.

6Association des anciennes de la FFE, DT n°XV, 1983

7Il s’agit de la pièce Les Éclaireuses, écrite par Maurice Donnay et joué en 1913 à la comédie Marigny à Paris. La pièce est notamment présentée comme une pièce féministe par la journaliste, écrivaine et militante Marguerite Durand dans une conférence dont les notes sont accessible sur le site de l’université de San Diego : Durand, Marguerite and Magnin, Michèle C., « Conférence sur « Les Eclaireuses » (1913), pièce de Maurice Donnay » (1913).Tome 1.10. https://digital.sandiego.edu/durand-tome1/10

8C’est le terme utilisée par Antoinette Butte dans son témoignage d’avril 1980.

9Anecdote rapportée par A. Butte dans son témoignage d’avril 1980, racontant comme la publication de la loi de l’éclaireuse et du premier manuel français de scoutisme féminin se sont retrouvés conditionnés à la non explosion d’un obus de la DCA tiré dans son immeuble.

10Association des anciennes de la FFE, DT n°XV, 1983

11Témoignage d’Antoinette Butte, avril 1980, accès en ligne : https://eeudf.org/archives/

12Témoignage d’Antoinette Butte, avril 1980, accès en ligne : https://eeudf.org/archives/

13Takako TOBITA, La Fédération Française des Éclaireuses (FFE) : une histoire de jeunes filles et de femmes dans un mouvement scout féminin en France (1911-1970), thèse dirigée par Laura Lee DOWNS, EHESS, 2018, p.26

14Association des anciennes de la FFE, DT n°XV, 1983

15Dans son témoignage d’avril 1980, Antoinette Butte s’étonnera de l’utilisation des matelas et lits de camps qui privent selon elle d’un contact avec une « terre aux énergies bienfaisantes ».

16Association des anciennes de la FFE, DT n°XV, 1983

17Voir plus haut.

18Ces noms sont donnés sans plus de précisions, en particulier concernant Marie-Christine, dans le DT n°XV, 1983.

19« Les thèses de Pomeyrol sont des positions rédigées les 16 et 17 septembre 1941 par douze membres de l’Église réformée de France (ERF), afin de fournir un appui théologique à la résistance au nazisme, contre l’esprit de collaboration et le défaitisme, en appelant à une résistance spirituelle. Les signataires souhaitent que l’Église réformée de France prenne position sur l’occupation et ses conséquences, notamment pour les juifs persécutés. Ces thèses sont adoptées par le synode régional d’Annecy et le Conseil national de l’Église réformée de France décide début 1942 de les diffuser à tous les présidents de conseils régionaux. » (source : Les thèses de Pomeyrol, Wikipédia, janvier 2021).

20Association des anciennes de la FFE, DT n°XV, 1983

Renée Sainte-Claire Deville
cofondatrice de la FFE et de la pédagogie des Petites Ailes

Renée Sainte-Claire Deville est une des cinq de « la Main » : la première équipe dirigeante de la FFE. Issue d’une famille très bourgeoise catholique (son grand-père a inventé l’aluminium industriel, et son père a commandé l’artillerie française pendant la 1ère guerre mondiale), elle veut s’impliquer dans les oeuvres sociales : elle débarque un beau jour rue Mouffetard, à Paris, dans un petit centre social qui essaie d’organiser des activités pour les enfants et les jeunes de ce quartier pauvre. Mais ce lieu (qui s’appelle Chez Nous, puis La Mouff, puis la Maison pour Tous) est au coeur de la naissance du scoutisme neutre (on dit aujourd’hui laïque) en France. Alors Renée Sainte-Claire Deville s’embarque dans l’aventure, avec Marguerite Walther, dont elle sera ensuite inséparable. Elle se met au service de la section neutre des éclaireuses, tout juste naissante, et développe la pédagogie des Petites Ailes (les 7/8 – 11/12 ans), en s’inspirant des pédagogies nouvelles. Elle devient une des dirigeantes de cette nouvelle FFE, y développe des propositions de réflexions spirituelles pour les cheftaines catholiques, puis devient commissaire nationale, alors que la seconde guerre éclate. Elle participe à la création du Scoutisme Français, et accueille Lady Baden-Powell à Paris. Après le décès de Marguerite Walther, elle porte seule le lourd poids de la direction de la FFE en zone libre pendant la guerre, et met fin à ses missions en 1945.

Elle a désormais sa page Wikipedia, à consulter pour plus de détails.

Ce qui nous a marqué chez Renée Sainte-Claire Deville, c’est deux choses.

D’abord, la manière dont elle contribué à développer la pédagogie des Petites Ailes. Alors qu’elle aurait pu se contenter de traduire la proposition anglaise pour les 8-12 ans (les « brownies », basé sur le symbolisme des lutins), elle se déplace un peu partout en France pour comprendre les besoins des jeunes enfants, et s’inspire de plusieurs pédagogues. La branche des Petites Ailes reposera finalement sur le symbolisme des oiseaux :  » L’unité de groupements des PA s’appelle l’Envolée. Elle comprend une trentaine de fillettes, menées par une cheftaine qui est Plume Grise. L’Envolée est formée d’environ 5 sous-groupes nommés Couvées avec 7 à 8 PA dont une fillette qui s’appelle Plume Noire, nommée par la Plume Grise, qui prend l’initiative de sa Couvée. Par ailleurs, toutes les PA ont le droit de devenir Plume Noire. […] Après la période d’aspirante, la fillette passe un brevet et est autorisée à porter le béret et l’insigne ; ainsi, elle devient Bec Jaune, qui représente la première étape pendant laquelle elle apprend et pratique le scoutisme. Puis, elle passe à la seconde étape, devient Bec Dur et est autorisée à porter l’uniforme. […] Les sorties de l’Envolée s’organisent tous les dimanches ou les jeudis, car à l’époque il n’y a pas école le jeudi. Les PA jouent en plein air et font de la gymnastique libre. » (Source). Une fois les Petites Ailes officiellement intégrées à la FFE, Renée Sainte-Claire Deville se lance une nouvelle fois dans des voyages dans plusieurs régions, pour faire connaître la pédagogie et former des cheftaines.

Ensuite, la manière dont elle a fait vivre une réflexion spirituelle catholique au sein de la FFE. La FFE ne comportait initialement pas de section catholique. Renée Sainte-Claire Deville avait à ce sujet contacté en 1920 des patronages, en leur reprochant de ne pas s’occuper de développer un scoutisme catholique féminin. Elle échange avec Renée de Montmort et Marie Diémer, deux protestantes qui réfléchissent pourtant à monter un mouvement catholique. Mais l’Église catholique voit d’un très mauvais œil ces initiatives sur lesquels elle n’a pas la main : elle charge donc Albertine Duhamel de créer les Guides de France, en étroite liaison avec l’Église. Renée Sainte-Claire Deville estime alors qu’un lien FFE-Guides doit être maintenu, mais que l’absence d’ouverture à toutes les confessions et donc toutes les petites filles des Guides empêchent d’envisager une réelle union. Sollicitée au sein de la section neutre par des cheftaines qui voudraient pouvoir aider leurs jeunes éclaireuses catholiques engagées dans des unités neutres à développer leur spiritualité, elle monte une équipe (l’équipe du verbe) pour les épauler. C’est que la section neutre de la FFE est attachée à ce que les filles réfléchissent et développent « un idéal » de vie, quel qu’il soit : des temps confessionnels catholiques, pour celles qui se reconnaissent dans cette foi, font partie de cette démarche. Elle passera plus de 20 ans à essayer de tisser des liens avec l’Eglise, à faire reconnaitre la possibilité pour des jeunes catholiques de préférer la FFE, mais peine perdue : l’heure n’est pas à l’oecuménisme. De 1938 à 1944, elle crée et anime toutefois les « éclaireuses libres », une section à part entière au sein de la FFE, dédiée aux jeunes filles voulant vivre un scoutisme catholique. Elle est aidée en cela par des dominicains, notamment le révérend Carré. Pour lire des témoignages à ce sujet, vous pouvez consulter ce numéro du Débrouillum Tibi qui lui est consacré.

En 1939, elle présente ainsi le scoutisme dans un journal parisien : « Il ne faut pas se laisser tromper par l’apparence: l’essentiel, dans le scoutisme, ce n’est tout de même pas l’exercice physique et la vie des camps. C’est avant tout une éducation par la confiance et par la joie, qui cherche à épanouir au maximum ce qu’il y a de meilleur dans chaque être humain.« 

Cédric & Maud

Renée Sainte-Claire Deville, avec Marguerite Walther et Violette Mouchon – l’Alouette 1943

Réalise un tampon « Patate » avec Élisabeth Risler-François.

Dans le cadre de Adopte une éclaireuse, je te propose de partir à la découverte de Élisabeth Risler-François, cadre à la FFE et résistante à travers une activité tout simple : le tampon patate.

Un peu d’histoire tout d’abord : Elisabeth Risler-François découvre le scoutisme féminin au côté de Marguerite Walther (dont tu peux découvrir la page ici)

Elle est totémisée Loutre Emballée et très vite s’engage de plusieurs manière au sein de la FFE : cheftaine, secrétaire au comité national, instructrice nautique.

En dehors du scoutisme, elle est reconnue en tant que Juste parmi les nations. C’est à dire pour son action durant la seconde guerre mondiale, durant laquelle elle cache des jeunes filles juives chez elles et chez des amis. Si tu souhaites en savoir plus sur le sujet des justes, tu peux aller ici et tu peux en apprendre plus sur sa page wikipédia.

En plus de cela, elle participe à des actions de résistance notamment la création de fausses pièces d’identité et de tickets de ravitaillement. Pour cela elle réalise des tampons à partir de pomme de terre pour imiter les tampons officiels de l’État Français de Vichy.

Tu peux découvrir sur cette vidéo comment réaliser toi aussi des tampons patate (on te conseille de vieilles patates ) : https://www.youtube.com/watch?v=AlfxqoQl4Ik

Tu peux commencer par des motifs simples avant de pourquoi pas te créer une carte d’éclaireuse ou d’éclaireurs : le symbole de la FFE était un trèfle par exemple.

Et si tu es vraiment très motivée , tu peux réaliser l’emblème entier de la FFE, le voici.

(source Scoutwiki )

Faire vivre le centenaire dans son groupe : l’exemple des EEDF de Mulhouse

Les Éclaireuses Éclaireurs de France de Mulhouse ont engagé la démarche de leur groupe pour célébrer le centenaire des éclaireuses, en résonance avec une démarche éducative sur l’égalité des genres dans le cadre des Objectifs de développement durable de l’ONU.

Pour ça, ils et elles ont déjà mobilisé plusieurs outils des Astrales, entre deux respirations en pleine neige. Retours en images 🙂

Anne Wahl
résistante et Juste parmi les Nations

photo de Anne Wahl
Anne Wahl (archives familiales)

Éclaireuse FFÉ-neutre, Anne Wahl (née Olkowsky) quitte, à 16 ans, en vélo, la Lorraine envahie. Une ‘explo’, un exploit?! Devenue infirmière, elle travaille au sanatorium de Prélenfrey (38) où elle protège des enfants juifs, malades ou pas. Elle organise les plus grands en équipes scoutes. Là, à la croisée de chemins de résistance, elle trouve des Éclaireurs, auxquels elle se lie et rend « des services ». Par son sang froid elle sauve les hommes du village suspectés d’être maquisards. La guerre finie : sa famille, l’information sexuelle scolaire, le transport scolaire, les activités associatives pour la population, son métier puis la collaboration à l’entreprise de son époux, sont ses engagements. Médaillée pour la résistance, elle est aussi reconnue Juste parmi les Nations.

Comment ai-je découvert son parcours ?

Correspondante régionale PACA de l’Association des Anciens Éclaireurs et Eclaireuses, j’ai été en contact avec de nombreuses personnes, qui racontaient… J’ai commencé un recueil de témoignages, car ces paroles, ces écrits, ces photos, ne pouvaient pas être que pour moi et je me suis rapprochée de l’Association pour l’Histoire du Scoutisme Laïque. Matka, une ancienne éclaireuse de Marseille, m’a parlé de son clan EDF avant et pendant la guerre. Nicole Clarence en a fait partie. Matka est encore en contact amical avec ceux qui restent… Toute leur vie, ce qu’ils avaient vécu, même de loin, les soudait. Elle m’a offert le livre de Bernard Delaunay, frère d’Anne, que j’avais rencontré à la Journée de la mémoire AHSL-EEDF (2013) sur l’engagement en résistance, le sien. Je n’ai pas lâché la piste … j’aime les personnes rencontrées, dont Mme Wahl.

En elle, j’ai trouvé une FFÉ : simple, intelligente, sereine et se connaissant bien, ouverte aux autres, engagée par l’action quand un problème collectif à résoudre se présentait, sans vouloir être élue locale. D’où mon envie de la faire connaître dans notre mouvement,
comme exemple de mise en pratique de ses valeurs. Le centenaire FFE est un bel écrin pour cela et pour la faire connaître à l’extérieur de nos sphères. De son ouvrage réservé à sa famille, elle dit : « Le désir d’écrire est celui de fixer pour se souvenir et mieux juger ».
Ce « mieux juger», à 90 ans, dit toute la qualité de la personne, qui en se remettant encore en cause, aide à réfléchir.

Vous pouvez lire une fiche plus détaillée, où elle témoigne notamment de ses actions durant la guerre, et qui présente davantage d’informations sur ses engagements ultérieurs.

Nelly

Germaine Le Guillant
formatrice des infirmiers psychiatriques aux CEMEA

De l’éducation nouvelle à la psychiatrie nouvelle : c’est le parcours singulier de Germaine Le Hénaff, devenue plus tard Germaine Le Guillant. Institutrice issue d’une famille de pêcheurs, elle dirige pendant la guerre une maison d’enfants, où dans le secret, elle accueille des jeunes juifs. Elle sera reconnue Juste parmi les Nations. En 1948, militante aux CEMEA, elle rencontre le Dr Daumézon et invente avec lui … la formation des infirmiers psychiatriques ! Changer le regard sur la maladie mentale, parler d’équipe de soin, utiliser des méthodes actives dans la relation soignant/soigné : ces stages novateurs auront un impact durable sur la psychiatrie en France.

Elle a désormais une fiche Wikipedia!

Découvrir et remettre de l’ordre dans son parcours m’a permis de comprendre (un peu!) ce qui se joue après la seconde guerre mondiale, dans deux domaines passionnants.

Celui de « l’enfance inadaptée » d’abord, où l’on invente progressivement la profession d’éducateur spécialisée et les lieux d’hébergement des enfants qui ont soit des problèmes sociaux et familiaux, soit des handicaps mentaux ou des troubles du comportements. On y trouve un très grand nombre d’ancien-nes scout-es et éclaireur-ses! De nombreuses tentatives ont eu lieu, pour essayer d’appliquer la pédagogie du scoutisme avec ces enfants, avec plus ou moins de succès. Et puis c’est aussi le domaine du grand Fernand Deligny, lui aussi ancien éclaireur, mais tenant d’une approche presque libertaine de la question. Quel rapport avec Germaine Le Guillant ? Et bien, elle crée au sein des CEMEA un premier embryon de formation d’éducateur! Vous pouvez lire cet article de Maurice Capul, si vous avez envie d’en savoir plus.

Le deuxième domaine, c’est celui de la psychiatrie d’après-guerre, et de la formation des infirmiers psychiatriques. Dans un contexte où plusieurs milliers de patients sont morts de faim dans les asiles pendant la guerre, un fort mouvement de réforme, presque de révolution souffle sur la psychiatrie. On veut sortir de l’asile, faire tomber les murs, refonder la relation avec les patients, former les infirmiers pour qu’ils soient compétents et sortent de la dépendance hiérarchique des médecins… dans ce contexte bouillonnant, Germaine Le Hénaff crée tout simplement, avec un éclaireur unioniste devenu psychiatre (Dr Daumezon), la première formation réelle pour les infirmiers psychiatriques en France, toujours au sein des CEMEA. Elle y croise là aussi d’autres anciens éclaireurs épris d’émancipation comme Jean Oury, figure de la psychothérapie institutionnelle.

Grace aux copains et copines des CEMEA qui l’ont déniché, vous pouvez consulter le récit de ce tout premier stage de formation des infirmiers psychiatriques, par Germaine elle-même.

Maud

crédit photo: en haut,source : Arch. fam., crédit photo : D.R (CNAHES.org) et en bas: avec son mari Louis Le Guillant, photo Vie Sociale et Traitement n°53-54

Marceline Loridan-Ivens
cinéaste des peuples en lutte et témoin de la Shoah

photo auteur anonyme sur Babelio.fr

« Je suis une fille de Birkenau, et vous ne m’aurez pas » écrit-elle en ouverture de son essai L’amour après, où elle témoigne de ce que peut-être le rapport au corps, l’amour, la sexualité, après les camps d’extermination nazis. Née dans une famille juive émigrée, non pratiquante, Marceline Loridan-Ivens est petite aile à la FFE (section inconnue). Elle est déportée à Auschwitz-Birkenau à 15 ans, avec son père. Elle y rencontre Simone Veil, dont elle sera l’amie intime toute leur vie. A son retour des camps, elle mène une « vie balagan », en désordre, à Saint-Germain-des-Près. Elle grandit engagée à l’époque des décolonisations. Elle cache de l’argent pour le FLN à l’époque de la guerre d’Algérie, signe le Manifeste des 343 pour le droit à l’avortement, puis découvre le cinéma. Son premier film est consacré à la première année de l’indépendance de l’Algérie. Elle filme ensuite avec son deuxième mari, Joris Ivens, grande figure du cinéma engagé. Ensemble, ils réalisent des documentaires sur les peuples en lutte et la révolution, au Vietnam, en Chine – dans une démarche que plus tard elle jugera un peu « naïve ». Elle témoigne aussi inlassablement de la Shoah, dans son film de fiction La petite prairie aux bouleaux, où elle revient à Birkenau; et dans trois essais autobiographiques.

Vous pouvez lire ici sa page Wikipedia, que nous avons restructurée et améliorée, pour plus d’infos.

J’ai découvert Marceline Loridan-Ivens dans un article du Canard Enchainé, consacré à son livre sur l’amour après les camps, écrit vers ses 89 ans. L’idée m’avait saisie : parler de son corps, de sa sexualité, de sa capacité à aimer après la déportation, c’était stupéfiant. J’ai découvert quelques mois plus tard, en farfouillant, qu’elle avait été à la FFE. Et me voilà à dévorer ses paroles, dans des interviews et dans ses livres. Ma vie balagan notamment, m’a suivi tout un été. Elle y raconte sa vie fascinante de femme engagée, de cinéaste « du réel » et des luttes, mais partout, au fil des chapitres, l’expérience du camp remonte, comme si le fil de ses pensées ne pouvait jamais s’en écarter, indissociable de sa vie. Le chapitre consacrée à son retour en France s’appelle : le non-retour.

Une autre facette passionnante de sa vie, c’est son aventure de trente ans avec Joris Ivens, la manière dont elle lie fondamentalement sa vie à celle de cet homme mais – au contraire de plusieurs autres dont nous avons fait le portrait – comment elle ne disparaît jamais derrière lui, mais au contraire s’épanouit et s’amplifie durant leur relation. « Nous étions une hydre à deux têtes, notre histoire n’a rien à voir avec le vieux du Pygmalion et de sa créature« , dit-elle.

Voici un des passages, parmi beaucoup d’autres, qui m’ont particulièrement marquée dans Ma vie balagan. Elle évoque Mala, une camarade de camp. Polonaise et résistante, elle parvient à s’enfuir avec son amant. Ils sont dénoncés par des paysans et capturés de nouveau par les SS. Elle est montrée en exemple aux autres femmes du camp : « Mala est arrivée dans une charette trainée par des cordes auxquelles étaient attachées des déportées. Et elle, debout, tout habillée de noir. (…) Ils ont fait monter Mala sur la potence, les mains attachées dans le dos. Ils ont fait un discours en allemand, comme quoi on était très bien ici; si quelqu’un essayait de s’échapper, il serait exécuté de la même manière; … Mala était toujours attachée. Mais quelqu’un avait du lui donner une lame. Elle avait coupé les cordes et s’était ouvert les veines. Soudain, un des SS qui était en train de parler pour nous débiter toujours les mêmes horreurs, ce SS a vu le sang. Il a a attrapé Mala par un bras, et de son bras libre, Mala lui a flanqué une gifle magistrale Il est tombé par terre. Il y a eu une espèce de cri dans l’assistance, en même temps qu’un silence incroyable. Mala nous a parlé en français. Elle a dit qu’elle avait essayé de s’évader pour crier au monde ce qui se passait ici, que la guerre serait bientôt finie, que les Allemands étaient en train de perdre la guerre, qu’elle ne verrait pas leur défaite mais que nous, nous devions absolument tenir le coup. Ses paroles nous ont tellement rassérénées, nous pleurions toutes. (…) Telle est l’histoire de Mala. La première Juive qui nous parlait dans le camp et défiait notre humiliation.« 

Vous pouvez aussi regarder cette bande-annonce d’un film consacré à sa vie, où on la voit, âgée, avec toute la vitalité que l’on ressent dans ses livres.

Maud