Marianne Cornevin,
historienne de l’Afrique

Marianne Cornevin est éclaireuse unioniste : dans le cadre de la FFE, elle rencontre Hélène Viannay qui la contacte ensuite quand il s’agit de monter le réseau de distribution du journal clandestin Défense de la France.

Après guerre, elle part avec son époux en Afrique, vit dans plusieurs pays notamment au Bénin. Médecin, elle exerce notamment en médecine scolaire. Quand le couple rentre en France, c’est l’histoire qui retient alors son attention. Initialement, elle travaille dans l’ombre de son mari, réalisant une partie des recherches pour sa thèse. Puis en 1972, elle publie elle-même le tome 2 de l’Histoire de l’Afrique lancée par son mari. Elle se penche ensuite longtemps sur l’Afrique du Sud et le régime de l’apartheid, mettant en lumière les falsifications de l’histoire qui y sont à l’œuvre. Elle travaille aussi sur une synthèse et vulgarisation des dernières découvertes archéologiques concernant le continent africain, où elle met en avant les technologies utilisées précocément par différents peuples africains.

Comme le retrace cet article passionnant de Libération, elle lutte avec son travail d’historienne contre « les idées reçues d’un européocentrisme délirant » dans la lecture de l’histoire de l’Afrique. Cet article vaut aussi le détour pour le récit de ses difficultés à s’imposer parmi les historiens en tant que femme, et femme de.

Sa page Wikipedia est par ici, et on cherche une photo!

Maud

Nicole Eizner, sociologue, militante pour la culture juive et l’anticolonialisme.

source : http://www.danielsinger.org/eloges2.html

Afin de de découvrir la vie de Nicole Eizner, je vous invite à lire sa page wikipédia crée dans le cadre des Astrales mais aussi son témoignage très détaillé dans le livre de Danielle Bailly : Traqués, cachés, vivants: des enfants juifs en France, 1940-1945 : ensemble de récits de témoignage

Elle y parle de son enfance en tant que jeune fille juive durant la guerre, de la déportation de ses parents mais aussi de ses sentiments de l’époque, de l’après guerre à Saint-Germain-des-Pré, de sa vision de la culture juive, du monde paysan (vis à vis de son travail mais pas seulement ) et de son militantisme.

Diane

Dominique Riehl, réformatrice de l’éducation surveillée pour jeunes filles

Plonger dans la vie de Dominique Riehl m’a fait découvrir le monde de l’éducation surveillée de l’après guerre et cela n’est pas une des plus belles découvertes que j’ai faite pour les Astrales.

Eclaireuse puis cheftaine dans sa jeunesse. Elle commence sa vie professionnelle comme institutrice.

L’ordonnance de 1945 sur l’enfance délinquante affirme une volonté d’éducation en opposition à la répression d’avant guerre. De nouveaux modèles éducatif sont à l’essai, voulant clore le passé pénitencier en mettant en place l’internat de rééducation. C’est dans ce contexte que Dominique Riehl est chargée de prendre la direction et de réformer l’établissement pour jeunes filles de Cadillac.

En recrutant d’anciennes éclaireuses et cheftaine, elle tente d’introduire le scoutisme dans les méthodes pédagogiques.

Elle ouvre par la suite un autre centre: Brécourt, alors considéré comme une réussite dans l’éducation surveillée et de nombreux visiteurs viennent y examiner les méthodes (magistrats, pédagogues)

Elle sera durant de nombreuses années une figure majeure dans le monde de l’éducation surveillée, en tant que formatrice et membre d’une commission consultative sur l’enfance délinquante et socialement inadaptée puis en tant qu’inspectrice.

Des critiques s’élèvent à l’époque contre ses méthodes : elle choisit pour son deuxième centre les meilleurs éléments et abandonnent les autres jeunes filles. De ses nombreux écrits ressort l’idée qu’elle n’a aucune foi en la réinsertion de ces jeunes filles et les décrit comme ayant des « tendances à la paresse », des « penchants pour la débauche », elles présentent des « faiblesses d’esprit ».

Malgré des propos marquants pour notre époque, il faut souligner que avant l’éducation surveillée n’existait que des établissement de type pénitencier sans aucune volonté éducative.

Vous pouvez découvrir le reste de sa vie sur sa fiche wikipédia ! Nous n’avons à ce jour aucune image d’elle, si jamais vous découvrez dans des archives des images de Brécourt ou de Cadillac, n’hésitez pas à nous les transmettre!

Diane

Évelyne Safir Lavalette,
moudjahida de la guerre d’indépendance algérienne.

Une Sacrée découverte qu’à été pour moi la vie de Évelyne Safir Lavalette. L’occasion de découvrir une nouvelle femme militante mais aussi de découvrir les milieux militants algériens de l’époque et des témoignages de femmes emprisonnées durant la guerre d’algérie.

Evelyne Safir Lavalette est issue d’une famille de pied noir, elle s’implique au sein des guides de France et dans l’action sociales au sein d’autres mouvements associatif. C’est dans ce cadre qu’elle découvre la réalité des conditions de vie des populations rurales algériennes et la pauvreté des secours publics par rapport à la population européenne.

Dès 1955, elle rejoint le FLN et milite pour l’indépendance algérienne.

Elle accueille dans son appartement des combattants du FLN et devient agent de liaison. Elle assure l’impression de tracts, et le transport de matériel. Elle participe à l’impression du journal El Moudjahid (journal algérien, organe officiel de communication du Front de libération nationale, publié pendant la guerre de libération nationale algérienne).

Elle est arrêtée et torturée en 1956. Elle est condamnée à 3 ans de prison pour avoir hébergé des nationalistes et pour « atteinte à la sûreté de l’État ».

En 1959, elle est graciée et expulsée en France. A l’indépendance de l’Algérie, elle est élue à l’Assemblée constituante puis élue à l’assemblée nationale en 1964. Elle a alors abandonnée la nationalité française pour la nationalité algérienne.

Elle publie en 2013 une autobiographie aux éditions Barzakh, Juste Algérienne… comme une tissure.

Je vous conseille de consulter sa page wikipédia qui a été récemment améliorée par mes bons soins. Si par le plus grand des hasards, vous découvrez sa biographie dans une librairie française, n’hésitez pas à nous contacter, je la cherche en vain.

Diane

Isaure Luzet, pharmacienne et résistante

Isaure Luzet débute le scoutisme enfant au sein d’une section neutre de la FFE. Elle sera par la suite cheftaine au sein de la section Paris-Luxembourg puis s’engagera comme cadre.

En 1920, elle devient l’une des premières femmes pharmaciennes de France. Installée à Grenoble, elle participe, durant la seconde guerre mondiale, à un réseau de résistance lié au couvent de notre dame de Sion, en face de sa pharmacie. Elle contribue à ce réseau en convoyant des enfants juifs et en leur fournissant de faux papiers. Son appartement personnel permet aux sœurs du couvent de mettre à l’abri les fugitifs lorsqu’une visite des allemands est annoncée ou que le couvent est surveillé. Son uniforme d’éclaireuse lui permet de passer inaperçu lors de ses missions.

Elle collabore aussi avec Liliane Klein-Lieber, membre de la sixième (groupe de résistants juifs au sein des Éclaireurs Israélites). Elle est aussi membre du réseau de parachutage Mathilda des forces françaises combattantes (FFC) et du réseau Périclès.

Après la guerre Isaure Luzet est élue conseillère municipale. Durant la même période, elle est impliquée dans l’affaire Finaly.

Elle est nommée Juste parmi les nations en 1988.

Pour lire sa fiche wikipédia, c’est par ici.

Thérèse Klipffel, pasteure et première femme présidente d’Église protestante en France

Source : LWeissenberger, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

Cette éclaireuse alsacienne (1920-2006) a pris des responsabilités dans le scoutisme féminin, puis devenue pasteure, elle poursuit ses engagements dans la catéchèse.

Elle devient la première femme pasteure à présider une Église protestante quand elle est nommée présidente de l’Église réformée d’Alsace et de Lorraine en 1982.

Ainsi, elle se retrouve à accueillir le pape Jean-Paul II en visite à Strasbourg, le 9 octobre 1988 à l’occasion d’une célébration œcuménique. Une situation assez inédite mais tout à fait logique car elle est la présidente de l’Église Réformée d’Alsace-Lorraine et la vice-présidente de la Fédération protestante de France.

L’historienne Gabrielle Cadier-Rey raconte cet épisode dans un article.

Elle a beaucoup œuvré à la reconnaissance des travaux de théologienne luthérienne, Suzanne de Dietrich.

Elle devient commissaire provinciale de la Fédération française des Éclaireuses pendant la Seconde guerre mondiale puis devient ensuite commissaire nationale. Très attachée à la FFE, elle a travaillé jusqu’à sa mort au tri et à la conservation des archives du mouvement.

Laure Salamon

Elle fait partie des douze femmes présentées dans le calendrier des EEUdF en 2021.

Pour lire sa fiche wikipedia, c’est par ici.

Adelaïde Hautval,
médecin et résistante

Cette éclaireuse alsacienne (1906-1988), fille de pasteur, a défendu pendant toute sa vie les droits humains.

C’est une femme d’une très grande force de caractère, capable de défendre une famille juive malmenée par la police allemande pendant la Seconde guerre mondiale. Elle refuse de participer aux expériences abominables des médecins nazis dans les camps de la mort. Elle sauve de nombreuses femmes ou les aide à soulager leur souffrance dans ces camps.

Son père s’appelait Philippe Haas et était pasteur réformé ; sa mère s’appelait Sophie Kuntz. C’est la dernière de sept enfants.

Dans un entretien accordé en 1972 à un journaliste de la BBC, Adelaïde Hautval surnommée Haïdi a révélé que son père portait un intérêt particulier à la question juive. Il décrivait les Juifs comme le « Peuple du Livre », se sentait plus proche d’eux que de ses voisins catholiques et voyait également une grande analogie entre la tristesse du peuple hébreu en exil et celle d’une famille alsacienne privée de sa terre natale qu’était la France avant la guerre franco-prussienne. Elle ajoute : « Cette révérence envers les Juifs ne m’a jamais quittée. Je ne peux pas oublier qu’ils ont souffert plus qu’aucun autre peuple dans l’histoire ». C’est ce qui peut expliquer son attitude envers les juifs.

Cheftaine de la Fédération française des Éclaireuses

Scolarisée à Guebwiller, elle veut devenir médecin après avoir été soignée d’une blessure à la jambe. Ado, elle est cheftaine chez les éclaireuses protestantes de Guebwiller, au sein de la Fédération française des Eclaireuses. Après son bac, elle étudie la médecine, avec une spécialité en psychiatrie. Son père voulait changer de nom après la 1ère guerre mondiale et l’a francisé de Haas en Hautval, ce que Adelaïde fera reconnaître officiellement après la 2e guerre mondiale. Elle fonde avec son frère un institut pour enfants en difficulté et part suivre des études en Suisse en 1939. La population alsacienne est évacuée vers le Sud-Ouest. Adélaïde part à Limoges, puis à Vauclaire en Dordogne. Elle commence à travailler à Lannemazan en 1941. En 1942, elle essaye de se rendre en Alsace pour le décès de sa mère, mais reste coincée à Belfort. Pour rentrer à Lannemazan, elle envoie une valise lourde à Limoges chez une de ses amies qui est commissaire de la Fédération française des Eclaireuses. La valise se perd, Adelaïde doit retourner à Vierzon pour la chercher, en juin 1942. Elle franchit la ligne de démarcation sans laisser-passer, elle est arrêtée et transférée à Bourges. Comme elle défend une famille juive maltraitée par les soldats allemands et se confectionne une étoile jaune en papier, le SS lui dit : « Puisque vous les défendez, vous partagerez leur sort ». Elle se retrouve à porter l’étoile et un bandeau « amie des juifs ».

Envoyée dans les camps du Loiret, elle assiste à l’arrivée des juifs, arrêtés et enfermés au Vel d’Hiv. Elle vit aussi la séparation des enfants et de leurs parents. Malgré les tentatives de sa sœur et de son directeur d’hôpital, Haïdi est envoyée à la prison Orléans, puis au fort de Romainville en novembre 1942 et au camp de Compiègne. Elle réussit à écrire à sa sœur et jette des lettres du convoi en route la Pologne. Elle arrive à Auschwitz le 17 janvier 1943 et y reste jusqu’au 2 aout 1944.

Comme elle est médecin et parle allemand, elle est envoyée au block 22, à l’infirmerie, appelée le Revier. En mars 1943, le médecin chef Wirths lui demande de participer à des expériences gynécologiques, elle refuse de poursuivre quand elle se rend compte de ce qu’ils font. Un autre médecin tente de lui faire faire des anesthésies mais après la première et seule opération à laquelle elle a participé, elle refuse de poursuivre ces expériences de stérilisations au rayon X. « J’en souffre encore d’avoir fait la 1ère opération » répondra-t-elle à un journaliste qui l’interroge sur cette première opération. « C’est contraire à mes convictions », dira-t-elle à Wirths pour ne plus en faire. Au terrible docteur Mengele qui lui demande de l’assister dans ces expériences sur les jumeaux, elle répond : « Cet ordre est-il définitif ? ». « Je ne peux pas la forcer à ce qu’elle ne veut pas faire », aurait-il dit à son entourage pour expliquer le refus d’Adelaïde à sa proposition qu’elle a déclinée.

Elle tenait tête aux nazis

Pour Georges Hautpmann, le médecin qui a écrit sa biographie, le fait qu’elle ait échappée à la mort alors qu’elle a tenu tête aux nazis est assez étonnant. « Il y a un aspect mystérieux. Je pense qu’elle avait pris un réel ascendant sur les médecins », dit Georges Hautpmann. Elle parle des nazis en ces termes : « Ce sont des faibles qui cherchent à dissimuler leur faiblesse sous des rêves de compensation. Et si on leur tient tête un peu, ils sont sans réaction et sont démontés. » Les médecins étaient précieux pour les nazis, ils ont mieux survécus que les autres prisonniers, fait remarquer un observateur lors d’une conférence sur Haïdi. Une autre explication vient du fait qu’elle était « aryenne » pour les nazis et non juive. Ils pouvaient donc avoir pour elle une forme de respect.

Entre novembre 1943 et mars 1944, Adelaïde est malade du typhus mais survit. En août 1944, elle est transférée à Ravensbrück, au camp de Neuengamme. « De nous deux, le vainqueur ce n’est pas vous », a-t-elle dit au chef du camp. Renvoyée à Ravensbrück en septembre 1944. Elle soigne, épargne les femmes, les reçoit à l’infirmerie pour qu’elles se reposent, demande à ce qu’on leur mette un peu de rose sur les joues pour qu’elles aient l’air moins malades et évitent ainsi la chambre à gaz. Elle se lie d’amitié avec une détenue hollandaise, Aat Breur, qui réalise des portraits d’Haïdi. Elles resteront amies même au delà de la guerre. À la libération du camp, le 30 avril 1945, Adelaïde joue la Marseillaise sur le piano trouvée dans une maison d’un des dignitaires nazis.

Engagée contre la torture en Algérie

Elle reste pour soigner les femmes intransportables, avec Marie-Claude Vaillant-Couturier, Aat Breur et Geneviève Leider. Elle reçoit la Médaille de la reconnaissance française. En 1946, elle rédige ses souvenirs, qui seront édités bien plus tard…en 1988, puis réédités en 2006. Elle travaille au service hygiène scolaire et habite à Groslay (Val d’Oise) dans une maison qu’elle partage avec une amie connue à Strasbourg. Elle est organiste au Foyer de Grenelle à Paris. Elle dénonce la torture en Algérie et la répression d’une manifestation d’Algériens.

En 1964, elle est citée comme témoin au procès intenté par Wladyslaw Dering, un chirurgien polonais, collaborateur des médecins nazis. Il avait réussi à échapper à la justice et à s’installer à Londres. Wladyslaw Dering a porté plainte en 1962 contre l’écrivain américain Léon Uris, auteur du roman Exodus car il estimait qu’un passage du roman lui causait un grave préjudice et ruinait sa réputation. Il demandait des excuses et des dommages-intérêts. Adelaïde Hautval a témoigné pour dire que c’était possible de s’opposer aux nazis, ce que Dering prétendait impossible.

Léon Uris est à l’origine de la reconnaissance d’Adelaïde Hautval. En 1965, elle est nommée Justes parmi les nations, titre de reconnaissance de celles et ceux qui ont aidé et sauvé des juifs pendant la guerre. Adelaïde Hautval justifie son comportement et dit son refus de la lâcheté : « les événements terribles débutent par de simples gestes de lâcheté ».

Le juge Moshe Bejski, président de la commission des Justes de Yad Vashem dit d’elle qu’elle est « une des plus remarquables personnes que l’humanité a connue ».

Une école porte son nom dans son village d’origine

Le 12 octobre 1988, elle met fin à ses jours après avoir accompagné son amie jusqu’à la mort.

Un hôpital porte son nom à Villiers-le-Bel (Val d’Oise), une rue à Blaye (Gironde), une école à Guebwiller vient d’être inaugurée en 2019. Une exposition réalisée par l’Union des Eglises protestantes d’Alsace et de Lorraine est présentée dans plusieurs lieux. Une bien maigre reconnaissance pour cette femme de convictions.

Laure Salamon

(avec l’aide du livre Rester humain ! : Leçons d’Auschwitz et de Ravensbrück (Buigraphie d’Adelaïde Hautval), éditions Ampelos, 2018, 10€.

Elle fait partie des douze femmes présentées dans le calendrier des EEUdF en 2021.

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Antoinette Butte : rédactrice du manuel et de la loi de l’éclaireuse, fondatrice de la communauté de Pomeyrol

Antoinette Butte en uniforme de la FFE

Antoinette Butte est née le 12 juillet 1898 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle) et est décédée le 30 avril 1986 à l’âge de 87 ans dans la communauté de Pomeyrol (Bouches du Rhône). Très connue pour avoir fondé cette communauté œcuménique de prière et pour s’être entièrement consacrée à une vie de diaconesse protestante inspirée du mouvement des Veilleurs1, Antoinette Butte est aussi une fondatrice du scoutisme féminin. Elle ne fait pas partie des cinq fondatrices dites de « la main »2, pourtant elle a largement contribué bien avant 1921 à l’émergence d’un scoutisme féminin en rédigeant par exemple le premier manuel de l’éclaireuse ainsi que la loi des éclaireuses.

La vie d’Antoinette semble dès ses début promise à un avenir dans le scoutisme, alors même que le mouvement au niveau mondial est à ses débuts. Elle naît dans une famille mixte, d’une mère alsacienne luthérienne et d’un père catholique lorrain, elle fréquente différents groupes protestants tels que des foyers de jeunes filles ou bien l’Armée du Salut, mais restera toujours très attachée à une forme profonde d’œcuménisme. Elle écrivait à ce propos en 1980 : « Ainsi, à l’heure actuelle encore, les anciennes Éclaireuses se reconnaissent-elles entre elles, dans le mouvement œcuménique, parce qu’elles ne « font pas de l’œcuménisme » comme tant d’autres, mais qu’elles SONT œcuméniques, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Ceci par formation de jeunesse et sans confusion ni complexes. »3. C’est aussi dans sa structure familiale que l’on retrouve chez Antoinette un terrain propice au scoutisme, Henri Butte son père, est officier de cavalerie et membre fondateur de l’école des Roches et de l’école des Chênes-verts, des écoles qui s’inscrivent dans des réseaux d’éducation nouvelle et de pédagogies expérimentales caractéristiques de cette fin de XIXe siècle et en inspiration directe de ce qui se pratiquait alors en Angleterre : exemple la création du scoutisme par un autre officier, Lord Baden Powell. Mais Henri Butte n’aura pas le temps de s’intéresser au scoutisme, il meurt dès le début de la première guerre mondiale, laissant sa femme Marie et ses trois filles seules déménager à Paris. Avant cet épisode dramatique de sa vie et à propos de son enfance passée à Lunéville et de ses vacances en Suisse avec ses cousines, Antoinette Butte aimait à rappeler que c’est là qu’elle pratiquait le scoutisme avant l’heure. Elle se souvient dans ces années 1910-1913 avoir formé une « bande » organisée, avec ses codes et ses règles et surtout ses aventures : « Nous avions notre sigle mystérieux, les S.M.A.E.H.K.B.A, notre loi secrète, notre langage muet en présence des adultes (celui des sourds-muets, copié sur le Larousse) et chacune un surnom. Une hiérarchie aussi : le chef était l’aînée (responsable donc des sottises) j’étais le stratège, fertile en inventions d’aventures, les deux autres le gros de la troupe, un peu traînasseuses, et la petite dernière l’enfant de troupe. »4. Pour Antoinette le scoutisme n’aurait rien inventé, elle voit en Baden Powell un catalyseur qui aurait su capter l’esprit de bande, très présent dans les groupes d’enfants, et le transformer en une pédagogie nouvelle et attractive. Mais l’engagement d’Antoinette dans la création du scoutisme féminin serait resté vain si elle n’avait pas déménagé à Paris où elle rencontre alors des femmes très engagés dans la transformation de cette « esprit de bande » en un mouvement d’éducation populaire.

La famille Butte s’installe donc à Paris en 1915, Antoinette et ses sœurs s’inscrivent alors au lycée Victor Duruy. Elle se retrouve rapidement au cœur d’un microcosme parisien protestant dans lequel un scoutisme féminin organisé est en train de naître. Au cours d’une visite au foyer de jeunes filles de la rue de Naples, Antoinette rencontre un premier groupe informel créé par Mlle Fuchs et qui s’apparente à une compagnie d’éclaireuses5. Les jeunes filles portent des uniformes, font la promesse de « servir » les autres et sont au nombre de 42 membres6. Le groupe hésite cependant à prendre le nom d’« éclaireuses » en raison d’une pièce de théâtre éponyme qui connu un certain succès en 1913 et qui associait ce terme aux militantes féministes du tournant du XIXe-XXe siècles7. Un autre groupe scout féminin se forme également au même moment à la paroisse Sainte-Marie de la Villette, sous l’égide de Georgette Siegrist. C’est dans ce contexte qu’Antoinette Butte s’engage dans la création du scoutisme féminin bien avant la déclaration des statuts de la FFE. Elle fait la rencontre d’une évangéliste8, Mlle Camille Savary, ancienne institutrice de profession désormais en charge des études bibliques à l’UCJF et responsable du foyer de la « Mission Populaire », rue Marcadet à Montmartre. Envoyée pour prêter main forte en tant que monitrice, Antoinette est très vite missionnée pour adapter le scoutisme masculin naissant et en proposer une version structurée aux jeunes filles du foyer. Violette Mouchon, alors responsable des UCJF se montre enthousiaste et lui prodigue des lectures théoriques tel que Éclaireurs de Baden Powell, qu’elle délaisse au profit de l’ouvrage Le système des patrouilles de Roland Philips qui l’inspirera profondément. Antoinette et son entourage reçoivent aussi le soutient des Éclaireurs Unionistes par l’entremise de Jean Beigbeder et finisse par installer un secrétariat des Éclaireuses au foyer UCJF situé 9 rue Daunou sous la responsabilité de Georgette Siegrist. Bien que non considérée comme une membre de la main, c’est à dire des cinq fondatrices de la FFE qui constituèrent à partir de 1921 la première équipe nationale du mouvement féminin, Antoinette Butte est une fondatrice à part entière. Alors qu’elle prépare son baccalauréat et envisage d’entrer à la faculté de droit, elle rédige sous les bombardements de la première guerre mondiale9 la loi de l’éclaireuse et le premier manuel de scoutisme féminin en France. C’est aussi avec Violette Mouchon, avec qui elle partage des cours de couture10, qu’elle élabore un chapeau à confectionner soi même pour équiper les nouvelles éclaireuses. C’est également à Antoinette que l’on doit le vocabulaire de la FFE qui se distingue de celui utilisé alors dans le mouvement masculin : les patrouilles sont appelées des clans, les troupes des sections, la cape et la cravate entre dans l’uniforme féminin ainsi que le trèfle comme symbole de ce nouveau mouvement. Alors que des YMCA américains sont en visite à Paris, Antoinette est même désignée comme responsable des Éclaireuses en France. Il se trouve qu’elle est avant tout une jeune lycéenne très engagée à la fois dans ses études mais surtout dans ces mouvements et ces œuvres avec qui elle partage une vision sociale très aboutie pour son âge : « Cette section devait dans notre esprit former et fournir des cheftaines pour les quartiers populaires et faire sortir les bourgeoises de leur milieu. »11. Mais l’implantation dans le quartier populaire de Montmartre ne se fait pas aussi facilement, Antoinette se souvient avoir reçu quelques quolibets et parfois même des pierres de la part des enfants du quartier voyant déambuler ces drôles de filles, tandis que dans les milieux bourgeois parisiens les mères de famille changent parfois de trottoir à leur approche12. Pour conclure sur ce moment historique de la vie d’Antoinette Butte, il faut peut être nuancer et replacer dans son contexte sa participation à l’émergence du scoutisme féminin. Si il est indéniable qu’elle a participé activement à la création des bases théoriques du mouvement et à l’organisation d’un des premiers groupes reconnu (celui de la rue Mission Populaire Évangélique), cela s’inscrit dans un contexte particulier. Alors que le pays est en guerre, les groupes de scoutisme féminin se structurent peut être mieux que les groupes masculins dont les chefs sont au front, mais cela se passe dans une relative autonomie et une diversification des pratiques. D’après la chercheuse Takako Tobita, ce n’est qu’avec la fondation de la FFE en 1921 lors du Congrès d’Épinal, que les pratiques s’uniformisent et que les groupes se réunissent enfin dans un mouvement pluraliste et multiconfessionnel13.

Avec la naissance de la FFE en 1921, Antoinette Butte continue alors de s’engager pleinement dans le scoutisme. Totémisée « Grand Lama » à la fin de la guerre, passée par un stage de formation en Angleterre dont elle garde un souvenir mitigé, elle finit par revenir en 1920 à Lunéville avec sa mère et ses sœurs. Elle a alors 22 ans et elle laisse aux « fondatrices » la charge et l’organisation du scoutisme parisien. C’est peut être pour cette raison qu’elle n’apparaîtra pas parmi les cinq de « la main », la première équipe nationale de la FFE. Elle organise néanmoins avec Sibette Weber (« Loup Brun »)14 le scoutisme féminin dans la région Est et l’organisation d’un congrès national scout. Elle fréquente aussi l’Armée du Salut et poursuit ses études de droit, elle devient avocate stagiaire au barreau de Nancy mais cette expérience professionnelle ne l’enchante guère. Dans ses souvenirs, Antoinette s’épanouit alors pleinement dans une vie simple faite de nuits sous la tente à dormir à même le sol15, de chants et de cantiques, ainsi que de méditations et de prières partagées avec les éclaireuses. Depuis la fin de la guerre, sa vie est également « centrée ». Elle raconte en effet comment en septembre 1918 à Nemours, au cours d’une prière avec Camille Savary et Violette Mouchon elle est atteinte par la présence de Dieu16. Mais surtout, c’est à partir des années 1920 qu’Antoinette trouve dans la méditation et la prière des ressources pour surmonter la maladie et la fatigue qui viennent parfois la terrasser alors qu’elle met toute son énergie à organiser et faire vivre le scoutisme féminin. Revenue à Paris en 1924, c’est à travers l’Armée du Salut qu’elle commence à pratiquer régulièrement des retraites spirituelles dans une maison à Fontenay-aux-Roses, trois jours par mois. Elle fait également la rencontre du pasteur Wilfred Monod, fondateur du mouvement des Veilleurs17, qui lui propose de créer son propre lieu de retraite spirituelle. C’est ainsi que commence pour Antoinette son engagement dans une petite communauté faite de prière et de pauvreté à Saint-Germain-en-Laye où elle est rejointe par d’autres cheftaines de la FFE : Jeanne Tendil, Marguerite Simonin (« Pain Bis »), « Macri » Léo et Marie-Christine18. En 1937, l’Association des Pasteurs de France demande à cette association de Saint-Germain d’ouvrir un nouveau lieu de prière près de Tarascon, un lieu qui donnera naissance à la communauté de Pomeyrol dans laquelle Antoinette passera ensuite le reste de sa vie. Mais les difficultés de la deuxième guerre mondiale ne permettent pas tout de suite cette mutation, les anciennes camarades d’Antoinette s’engagent auprès des réfugiés ou dans des services de guerre. De son côté Antoinette est présente en 1941 lorsque les fameuses thèses de Pomeyrol sont rédigées et qui marquent une prise de position de l’Église Réformée contre le nazisme et la collaboration19, son lieu de retraite spirituelle est par la suite tour à tour occupée et détruit avant d’être récupéré en 1946 par la communauté dans un état critique. Rejointe par de nouvelles sœurs, Antoinette remet la communauté de Pomeyrol sur pieds, en 1983 elle étaient ainsi 17 sœurs consacrées à la prière, les retraites et l’accueil de groupes ou d’individus. De nombreuses éclaireuses retrouvèrent ainsi dans ce lieu une « atmosphère de gentillesse et de sestralité très scoute »20. C’est ainsi qu’Antoinette Butte resta jusqu’à ses derniers jours en lien avec le mouvement de la Fédération Française des Éclaireuses qui l’avait vu participer à sa construction et se construire elle même pour s’engager pleinement dans la religion et la vie en communauté.

1Le mouvement des Veilleurs (ou « Tiers ordre des Veilleurs » dans son appellation originelle) est un groupe de prière fondé en 1923 par le pasteur Wilfred Monod qui s’organise en communauté tout en se distinguant d’une forme de monachisme. Ce mouvement protestant accorde une place prépondérante à la prière et la méditation.

2Les cinq fondatrices de la FFE, souvent désignées comme les « cinq de la main » sont : Marguerite Walther (1882-1942), Georgette Siegrist (1887-1981), Renée Sainte-Claire Deville(1889-1968), Violette Mouchon (1893-1985), et Madeleine Beley(1900-1994).

3Témoignage d’Antoinette Butte, avril 1980, accès en ligne : https://eeudf.org/archives/

4Témoignage d’Antoinette Butte, avril 1980, accès en ligne : https://eeudf.org/archives/

5Le groupe d’« éclaireuses » de l’UCJF Paris-Naples serait le plus ancien groupe à avoir pratiqué un scoutisme féminin, dont la première sortie remonterait au mois de juin 1912. Voir à ce propos la travail de recherche de Takako TOBITA, La Fédération Française des Éclaireuses (FFE) : une histoire de jeunes filles et de femmes dans un mouvement scout féminin en France (1911-1970), thèse dirigée par Laura Lee DOWNS, EHESS, 2018.

6Association des anciennes de la FFE, DT n°XV, 1983

7Il s’agit de la pièce Les Éclaireuses, écrite par Maurice Donnay et joué en 1913 à la comédie Marigny à Paris. La pièce est notamment présentée comme une pièce féministe par la journaliste, écrivaine et militante Marguerite Durand dans une conférence dont les notes sont accessible sur le site de l’université de San Diego : Durand, Marguerite and Magnin, Michèle C., « Conférence sur « Les Eclaireuses » (1913), pièce de Maurice Donnay » (1913).Tome 1.10. https://digital.sandiego.edu/durand-tome1/10

8C’est le terme utilisée par Antoinette Butte dans son témoignage d’avril 1980.

9Anecdote rapportée par A. Butte dans son témoignage d’avril 1980, racontant comme la publication de la loi de l’éclaireuse et du premier manuel français de scoutisme féminin se sont retrouvés conditionnés à la non explosion d’un obus de la DCA tiré dans son immeuble.

10Association des anciennes de la FFE, DT n°XV, 1983

11Témoignage d’Antoinette Butte, avril 1980, accès en ligne : https://eeudf.org/archives/

12Témoignage d’Antoinette Butte, avril 1980, accès en ligne : https://eeudf.org/archives/

13Takako TOBITA, La Fédération Française des Éclaireuses (FFE) : une histoire de jeunes filles et de femmes dans un mouvement scout féminin en France (1911-1970), thèse dirigée par Laura Lee DOWNS, EHESS, 2018, p.26

14Association des anciennes de la FFE, DT n°XV, 1983

15Dans son témoignage d’avril 1980, Antoinette Butte s’étonnera de l’utilisation des matelas et lits de camps qui privent selon elle d’un contact avec une « terre aux énergies bienfaisantes ».

16Association des anciennes de la FFE, DT n°XV, 1983

17Voir plus haut.

18Ces noms sont donnés sans plus de précisions, en particulier concernant Marie-Christine, dans le DT n°XV, 1983.

19« Les thèses de Pomeyrol sont des positions rédigées les 16 et 17 septembre 1941 par douze membres de l’Église réformée de France (ERF), afin de fournir un appui théologique à la résistance au nazisme, contre l’esprit de collaboration et le défaitisme, en appelant à une résistance spirituelle. Les signataires souhaitent que l’Église réformée de France prenne position sur l’occupation et ses conséquences, notamment pour les juifs persécutés. Ces thèses sont adoptées par le synode régional d’Annecy et le Conseil national de l’Église réformée de France décide début 1942 de les diffuser à tous les présidents de conseils régionaux. » (source : Les thèses de Pomeyrol, Wikipédia, janvier 2021).

20Association des anciennes de la FFE, DT n°XV, 1983

Renée Sainte-Claire Deville
cofondatrice de la FFE et de la pédagogie des Petites Ailes

Renée Sainte-Claire Deville est une des cinq de « la Main » : la première équipe dirigeante de la FFE. Issue d’une famille très bourgeoise catholique (son grand-père a inventé l’aluminium industriel, et son père a commandé l’artillerie française pendant la 1ère guerre mondiale), elle veut s’impliquer dans les oeuvres sociales : elle débarque un beau jour rue Mouffetard, à Paris, dans un petit centre social qui essaie d’organiser des activités pour les enfants et les jeunes de ce quartier pauvre. Mais ce lieu (qui s’appelle Chez Nous, puis La Mouff, puis la Maison pour Tous) est au coeur de la naissance du scoutisme neutre (on dit aujourd’hui laïque) en France. Alors Renée Sainte-Claire Deville s’embarque dans l’aventure, avec Marguerite Walther, dont elle sera ensuite inséparable. Elle se met au service de la section neutre des éclaireuses, tout juste naissante, et développe la pédagogie des Petites Ailes (les 7/8 – 11/12 ans), en s’inspirant des pédagogies nouvelles. Elle devient une des dirigeantes de cette nouvelle FFE, y développe des propositions de réflexions spirituelles pour les cheftaines catholiques, puis devient commissaire nationale, alors que la seconde guerre éclate. Elle participe à la création du Scoutisme Français, et accueille Lady Baden-Powell à Paris. Après le décès de Marguerite Walther, elle porte seule le lourd poids de la direction de la FFE en zone libre pendant la guerre, et met fin à ses missions en 1945.

Elle a désormais sa page Wikipedia, à consulter pour plus de détails.

Ce qui nous a marqué chez Renée Sainte-Claire Deville, c’est deux choses.

D’abord, la manière dont elle contribué à développer la pédagogie des Petites Ailes. Alors qu’elle aurait pu se contenter de traduire la proposition anglaise pour les 8-12 ans (les « brownies », basé sur le symbolisme des lutins), elle se déplace un peu partout en France pour comprendre les besoins des jeunes enfants, et s’inspire de plusieurs pédagogues. La branche des Petites Ailes reposera finalement sur le symbolisme des oiseaux :  » L’unité de groupements des PA s’appelle l’Envolée. Elle comprend une trentaine de fillettes, menées par une cheftaine qui est Plume Grise. L’Envolée est formée d’environ 5 sous-groupes nommés Couvées avec 7 à 8 PA dont une fillette qui s’appelle Plume Noire, nommée par la Plume Grise, qui prend l’initiative de sa Couvée. Par ailleurs, toutes les PA ont le droit de devenir Plume Noire. […] Après la période d’aspirante, la fillette passe un brevet et est autorisée à porter le béret et l’insigne ; ainsi, elle devient Bec Jaune, qui représente la première étape pendant laquelle elle apprend et pratique le scoutisme. Puis, elle passe à la seconde étape, devient Bec Dur et est autorisée à porter l’uniforme. […] Les sorties de l’Envolée s’organisent tous les dimanches ou les jeudis, car à l’époque il n’y a pas école le jeudi. Les PA jouent en plein air et font de la gymnastique libre. » (Source). Une fois les Petites Ailes officiellement intégrées à la FFE, Renée Sainte-Claire Deville se lance une nouvelle fois dans des voyages dans plusieurs régions, pour faire connaître la pédagogie et former des cheftaines.

Ensuite, la manière dont elle a fait vivre une réflexion spirituelle catholique au sein de la FFE. La FFE ne comportait initialement pas de section catholique. Renée Sainte-Claire Deville avait à ce sujet contacté en 1920 des patronages, en leur reprochant de ne pas s’occuper de développer un scoutisme catholique féminin. Elle échange avec Renée de Montmort et Marie Diémer, deux protestantes qui réfléchissent pourtant à monter un mouvement catholique. Mais l’Église catholique voit d’un très mauvais œil ces initiatives sur lesquels elle n’a pas la main : elle charge donc Albertine Duhamel de créer les Guides de France, en étroite liaison avec l’Église. Renée Sainte-Claire Deville estime alors qu’un lien FFE-Guides doit être maintenu, mais que l’absence d’ouverture à toutes les confessions et donc toutes les petites filles des Guides empêchent d’envisager une réelle union. Sollicitée au sein de la section neutre par des cheftaines qui voudraient pouvoir aider leurs jeunes éclaireuses catholiques engagées dans des unités neutres à développer leur spiritualité, elle monte une équipe (l’équipe du verbe) pour les épauler. C’est que la section neutre de la FFE est attachée à ce que les filles réfléchissent et développent « un idéal » de vie, quel qu’il soit : des temps confessionnels catholiques, pour celles qui se reconnaissent dans cette foi, font partie de cette démarche. Elle passera plus de 20 ans à essayer de tisser des liens avec l’Eglise, à faire reconnaitre la possibilité pour des jeunes catholiques de préférer la FFE, mais peine perdue : l’heure n’est pas à l’oecuménisme. De 1938 à 1944, elle crée et anime toutefois les « éclaireuses libres », une section à part entière au sein de la FFE, dédiée aux jeunes filles voulant vivre un scoutisme catholique. Elle est aidée en cela par des dominicains, notamment le révérend Carré. Pour lire des témoignages à ce sujet, vous pouvez consulter ce numéro du Débrouillum Tibi qui lui est consacré.

En 1939, elle présente ainsi le scoutisme dans un journal parisien : « Il ne faut pas se laisser tromper par l’apparence: l’essentiel, dans le scoutisme, ce n’est tout de même pas l’exercice physique et la vie des camps. C’est avant tout une éducation par la confiance et par la joie, qui cherche à épanouir au maximum ce qu’il y a de meilleur dans chaque être humain.« 

Cédric & Maud

Renée Sainte-Claire Deville, avec Marguerite Walther et Violette Mouchon – l’Alouette 1943

Liliane Klein-Lieber
résistante et militante associative

Liliane en 1942
Mémorial de la Shoah, collection Liliane Klein-Lieber

Liliane Klein-Lieber (1924-2020) est résistante, militante associative et membre des Éclaireurs Israélites de France .

Pendant la seconde guerre mondiale, alors qu’elle est contrainte de quitter successivement Strasbourg puis Vichy, elle est recrutée par le réseau clandestin La Sixième fondé par des membres des Éclaireurs Israélites de France.

Liliane Klein-Lieber décrit dans cette vidéo les actions du réseau clandestin de La Sixième

Au sein de ce réseau, elle aide à mettre en sécurité des enfants et jeunes juifs dans la région de Grenoble sous son nom de résistante : Lyne Leclerc. Elle cherche des planques, des vêtements, des cartes de ravitaillement, … et veille à leur apporter de l’affection et des repères.

Carte d’identité de résistante de Liliane Klein-Lieber

Après la guerre,  elle continue à s’engager pour les autres en militant dans différentes associations.

Elle participe notamment à la création de la Coopération féminine avec trois anciennes éclaireuses israélites qui sera à l’origine de la création du premier Centre d’aide par le Travail pour handicapés mentaux légers en 1991. Elle participe également à la création du Centre national du volontariat et de l’association des Enfants cachés. En parallèle elle est membre active des Anciens de la Résistance Juive en France et effectue de nombreux témoignages sur la Shoah et la Résistance. Elle continue également à suivre les éclaireuses et éclaireurs israélites de France.

Jusqu’à la fin de sa vie, elle a conservé des liens étroits avec certains des enfants qu’elle a caché.

Plusieurs de ces témoignages sont disponibles en ligne en vidéo, dont celui ci-dessous publié par les EIF en 2014.

Liliane Klein-Lieber témoigne de son parcours de résistante et de jeune juive pendant la seconde guerre mondiale

Sa page Wikipédia est à jour ! On cherche à contacter sa famille pour y ajouter une image libre de droit.