Anne Wahl
résistante et Juste parmi les Nations

photo de Anne Wahl
Anne Wahl (archives familiales)

Éclaireuse FFÉ-neutre, Anne Wahl (née Olkowsky) quitte, à 16 ans, en vélo, la Lorraine envahie. Une ‘explo’, un exploit?! Devenue infirmière, elle travaille au sanatorium de Prélenfrey (38) où elle protège des enfants juifs, malades ou pas. Elle organise les plus grands en équipes scoutes. Là, à la croisée de chemins de résistance, elle trouve des Éclaireurs, auxquels elle se lie et rend « des services ». Par son sang froid elle sauve les hommes du village suspectés d’être maquisards. La guerre finie : sa famille, l’information sexuelle scolaire, le transport scolaire, les activités associatives pour la population, son métier puis la collaboration à l’entreprise de son époux, sont ses engagements. Médaillée pour la résistance, elle est aussi reconnue Juste parmi les Nations.

Comment ai-je découvert son parcours ?

Correspondante régionale PACA de l’Association des Anciens Éclaireurs et Eclaireuses, j’ai été en contact avec de nombreuses personnes, qui racontaient… J’ai commencé un recueil de témoignages, car ces paroles, ces écrits, ces photos, ne pouvaient pas être que pour moi et je me suis rapprochée de l’Association pour l’Histoire du Scoutisme Laïque. Matka, une ancienne éclaireuse de Marseille, m’a parlé de son clan EDF avant et pendant la guerre. Nicole Clarence en a fait partie. Matka est encore en contact amical avec ceux qui restent… Toute leur vie, ce qu’ils avaient vécu, même de loin, les soudait. Elle m’a offert le livre de Bernard Delaunay, frère d’Anne, que j’avais rencontré à la Journée de la mémoire AHSL-EEDF (2013) sur l’engagement en résistance, le sien. Je n’ai pas lâché la piste … j’aime les personnes rencontrées, dont Mme Wahl.

En elle, j’ai trouvé une FFÉ : simple, intelligente, sereine et se connaissant bien, ouverte aux autres, engagée par l’action quand un problème collectif à résoudre se présentait, sans vouloir être élue locale. D’où mon envie de la faire connaître dans notre mouvement,
comme exemple de mise en pratique de ses valeurs. Le centenaire FFE est un bel écrin pour cela et pour la faire connaître à l’extérieur de nos sphères. De son ouvrage réservé à sa famille, elle dit : « Le désir d’écrire est celui de fixer pour se souvenir et mieux juger ».
Ce « mieux juger», à 90 ans, dit toute la qualité de la personne, qui en se remettant encore en cause, aide à réfléchir.

Vous pouvez lire une fiche plus détaillée, où elle témoigne notamment de ses actions durant la guerre, et qui présente davantage d’informations sur ses engagements ultérieurs.

Nelly

Germaine Le Guillant
formatrice des infirmiers psychiatriques aux CEMEA

De l’éducation nouvelle à la psychiatrie nouvelle : c’est le parcours singulier de Germaine Le Hénaff, devenue plus tard Germaine Le Guillant. Institutrice issue d’une famille de pêcheurs, elle dirige pendant la guerre une maison d’enfants, où dans le secret, elle accueille des jeunes juifs. Elle sera reconnue Juste parmi les Nations. En 1948, militante aux CEMEA, elle rencontre le Dr Daumézon et invente avec lui … la formation des infirmiers psychiatriques ! Changer le regard sur la maladie mentale, parler d’équipe de soin, utiliser des méthodes actives dans la relation soignant/soigné : ces stages novateurs auront un impact durable sur la psychiatrie en France.

Elle a désormais une fiche Wikipedia!

Découvrir et remettre de l’ordre dans son parcours m’a permis de comprendre (un peu!) ce qui se joue après la seconde guerre mondiale, dans deux domaines passionnants.

Celui de « l’enfance inadaptée » d’abord, où l’on invente progressivement la profession d’éducateur spécialisée et les lieux d’hébergement des enfants qui ont soit des problèmes sociaux et familiaux, soit des handicaps mentaux ou des troubles du comportements. On y trouve un très grand nombre d’ancien-nes scout-es et éclaireur-ses! De nombreuses tentatives ont eu lieu, pour essayer d’appliquer la pédagogie du scoutisme avec ces enfants, avec plus ou moins de succès. Et puis c’est aussi le domaine du grand Fernand Deligny, lui aussi ancien éclaireur, mais tenant d’une approche presque libertaine de la question. Quel rapport avec Germaine Le Guillant ? Et bien, elle crée au sein des CEMEA un premier embryon de formation d’éducateur! Vous pouvez lire cet article de Maurice Capul, si vous avez envie d’en savoir plus.

Le deuxième domaine, c’est celui de la psychiatrie d’après-guerre, et de la formation des infirmiers psychiatriques. Dans un contexte où plusieurs milliers de patients sont morts de faim dans les asiles pendant la guerre, un fort mouvement de réforme, presque de révolution souffle sur la psychiatrie. On veut sortir de l’asile, faire tomber les murs, refonder la relation avec les patients, former les infirmiers pour qu’ils soient compétents et sortent de la dépendance hiérarchique des médecins… dans ce contexte bouillonnant, Germaine Le Hénaff crée tout simplement, avec un éclaireur unioniste devenu psychiatre (Dr Daumezon), la première formation réelle pour les infirmiers psychiatriques en France, toujours au sein des CEMEA. Elle y croise là aussi d’autres anciens éclaireurs épris d’émancipation comme Jean Oury, figure de la psychothérapie institutionnelle.

Grace aux copains et copines des CEMEA qui l’ont déniché, vous pouvez consulter le récit de ce tout premier stage de formation des infirmiers psychiatriques, par Germaine elle-même.

Maud

crédit photo: en haut,source : Arch. fam., crédit photo : D.R (CNAHES.org) et en bas: avec son mari Louis Le Guillant, photo Vie Sociale et Traitement n°53-54

Élisabeth Risler-François
Juste parmi les Nations

La fiche wikipédia de Élisabeth Risler-François est en ligne 

Elisabeth Risler-François avec ses éclaireuses (elle est à gauche sur la photo ) (source : Yad Vashem France)

Issue d’une famille de musiciens, Elisabeth Risler-François découvre la FFE à la Mouffe au côté de Marguerite Walther dont elle sera l’adjointe et à qui elle succedera comme cheftaine de la section Paris-Panthéon. Elle est totémisée Loutre emballée.

Pendant la guerre, elle se réfugie au pavillon Sévigné dont elle est la propritétaire avec son frère. Cette demeure est réquisionné pour servir de demeure au Maréchal Pétain.

Elle est alors secrétaire du comité national de la branche neutre de la FFE et chargée de la formation des cheftaines. En parrallèle elle continue à animer des activités, c’est là qu’elle rencontre la famille Denery de confession Juive. Lorsque la famille est menacée, elle organise la mise à l’abri des 3 soeurs dans différentes familles d’éclaireurs. Elle cachera Lise chez elle, la faisant passer pour la nourrice de ses neveux, à quelques pas du Maréchal Pétain.

En parallèle les locaux des éclaireurs sont transferrés au pavillon sévigné, ils serviront de bases à des activités de résistance.

Après la guerre, Élisabeth poursuit ses activités au sein de la FFE, elle y crée avec Jeanne Dejean une activité de scoutisme marin, et la branche des Éclaireuses Aînées Marines. Elle est instructrice nautique pendant 4 ans et anime plusieurs camp-écoles.

A partir des années 1946, plusieurs tentatives sont faites pour faire intégrer la branche neutre de la FFE aux éclaireurs de France. Après un premier refus de la part de la FFE, les éclaireurs de france, dirigés par Pierre François, son mari, se mettent à solliciter localement les unités d’éclaireuses. Dans ce contexte, Élisabeth Risler François rejoint les Éclaireurs de France en novembre 1949.

Petite anecdote amusante : Pour la création de fausses cartes d’identité et de ravitaillement pendant la guerre, elle utilise des pommes de terre pour créer les tampons officiels nécessaires !

Diane (Dja)